PPWR, REACH, CLP, règlement CE 10-2011, interdiction du Bisphénol A et du Téflon… Le secteur du packaging pour les parfums et arômes (F&F) évolue dans un cadre normatif de plus en plus exigeant.
À la fin de l’année 2026, une forte proportion des emballages Food et Fragrances pourrait se révéler non conforme sur le marché de CEE… Aujourd’hui, la pression normative pèse sur les métiers dont les savoir-faire se sont construits au fil des siècles et pour lesquels la France, et le pays de Grasse en particulier, sont reconnus dans le monde entier.
1. Un cadre réglementaire en constante évolution pour l’emballage des parfums et arômes.
Qu’il s’agisse du règlement européen PPWR (Packaging and Packaging Waste Régulation), applicable progressivement à partir de juillet 2026, ou des réglementations sur le contact alimentaire, les exigences en matière de sécurité sanitaire complexifient les choix de matériaux d’emballage pour les parfums et les arômes.
Les interdictions du Bisphénol A (BPA) et du Téflon (PFAS) illustrent cette dynamique : initialement portées par la France, ces restrictions sont désormais européennes.
Faisabilité technique des essais
Les seuils extrêmement bas fixés par les textes (comme le règlement REACH), conduisent progressivement à des interdictions, avec une mise en œuvre échelonnée entre 2026 et 2030. La PPWR et REACH agissent ainsi de manière complémentaire : la première encadre les emballages, la seconde les substances chimiques, avec un objectif commun de protection de la santé et de l’environnement.
Pour autant, concernant REACH, une approche purement analytique, molécule par molécule, ne reflète pas toujours la réalité des produits finis, car la somme des interactions des molécules isolées n’équivaut pas à celle du produit entier, notamment pour les phénolés ou les compositions complexes comme les huiles essentielles.
La variable temps
Par ailleurs, les filières sont mises sous tension : le temps disponible pour réaliser les essais et la faisabilité industrielle pour produire des matériaux de substitution se heurtent à la temporalité du politique et du réglementaire.
Les matières utilisées dans les arômes et parfums sont sous pression réglementaire, et le temps manque pour travailler spécifiquement sur les emballages.
Les textes de référence : règlement CE 10-2011 et réglementation métaux
Les acteurs du secteur F&F utilisent jusqu’à 3 000 références, chacune avec des usages et donc des emballages spécifiques. Pour faciliter la mise en place d’essais, le législateur a défini des protocoles standardisés en mettant en place des simulants représentatifs (eau, éthanol, acide acétique, huile d’olive) permettant de vérifier l’absence d’interaction et de valider l’alimentarité des matériaux selon la réglementation CE 10/2011 (emballages plastique), selon des conditions précises d’emploi (température, durée, etc.).
Concernant les emballages en aluminium, la France s’appuie sur un décret n°73-138 du 12 février 1973 pour son usage en contact alimentaire. Si le métal est recouvert d’un vernis polyester (sans BPA), c’est alors le règlement CE 10/2011 qui s’applique, soulignant la complexité superposée des cadres réglementaires (voir schéma).
Le rôle clé des branches professionnelles et des certifications
Les syndicats des branches professionnelles des métiers du parfum et des arômes, ainsi que ceux des industries de l’emballage aident les fabricants et leurs clients à identifier les types de tests à réaliser, et relaient les préoccupations des industriels auprès du législateur. Chaque pays met en place des outils pour simplifier les démarches : en France, le certificat ANIA est un bon exemple de formulaire destiné à simplifier la qualification de l’alimentarité des emballages permettant aux industriels de remplir une déclaration d’aptitude au contact alimentaire.
REACH et CLP : la démonstration scientifique au service de la filière des huiles essentielles
Ainsi, la mise en place du règlement REACH, a mobilisé longuement la filière des plantes à parfum. En vigueur depuis 2007 REACH répertorie et dresse la liste des substances chimiques interdites ou susceptibles d’être restreintes. La profession s’est mobilisée afin de convaincre et démontrer qu’on ne pouvait pas classer la dangerosité de l’huile essentielle de lavande (800 molécules) en fonction de la présence d’une seule molécule dangereuse. La démarche d’enregistrement REACH, déclarative et purement analytique, molécule par molécule, ne reflète pas toujours la réalité des produits finis, car la somme des interactions des molécules isolées n’équivaut pas à celle du produit entier, notamment pour les phénolés ou les compositions complexes comme les huiles essentielles.
Le principe de chélation (appelée aussi séquestration ou complexation), décrit et rationnalisé par Shriver et Atkins (« L’effet chélate est l’augmentation de stabilité des complexes… »), est un processus physico-chimique qui forme un complexe où l’atome central se lie aux atomes voisins par au moins deux liaisons.
Ce principe démontre que certaines associations moléculaires, comme dans la lavande, peuvent neutraliser des risques individuels liés, justifiant ainsi une évaluation globale plutôt qu’une analyse par « éclatement » systématique molécule par molécule.
Ce principe chimique de chélation permet en effet de démontrer que les molécules de lavande associées les unes aux autres se neutralisent. Cette sensibilisation des autorités par la démonstration scientifique a permis de convaincre le législateur d’amender la CLP européenne, classification des substances, mixtures et leur étiquetage, sous l’égide de l’Agence Européenne de la Chimie (ECHA), qui a émis une dérogation le 5 décembre 2023 concernant les huiles essentielles et l’étiquetage de dangerosité de leurs emballages.
Dans ces démarches, la filière des plantes à parfum et huiles essentielles s’appuie sur
Le référentiel IFRA, qui répertorie les matières selon les critères suivants :
• Famille chimique / numéro CAS, conditions d’emploi et de dilution, conditions de remplissage
• Durée de vie et cas d’emploi, classification REACH (…) et règlement Cosmétique. Avec comme fil conducteur l’objectif de maintenir les caractéristiques organoleptiques de l’huile essentielle ou du parfum, afin de mieux informer le législateur et les utilisateurs.
Ce colossal travail de classifications et caractérisations des substances permet à la filière de mieux répondre aux exigences réglementaires en perpétuelle évolution.
2. Une grande complexité industrielle face aux nouvelles exigences
Face à cet environnement réglementaire mouvant, les industriels des matières premières de la parfumerie et des arômes agissent pour se mettre en conformité, mais certains choix sont impossibles : utiliser une bouteille ou un fût avec un vernis Bisphénol N-I (non intentionally added) est conforme, mais il faut s’assurer que ce vernis de substitution est résistant aux huiles essentielles les plus agressives, et ne relargue pas de microparticules, voire des morceaux importants de vernis, dans l’huile essentielle.
Une volumétrie de tests considérable
Pour s’assurer que les nouveaux matériaux d’emballages choisis fonctionnent avec leurs molécules, les entreprises du secteur F&F doivent mettre en place des tests à moindre coût, pour cela, elles doivent :
-cibler parmi 2000 matières à conditionner, les cas les plus difficiles (cannelle, agrumes, etc.).
-simplifier les tests afin de soulager leur propre capacité laboratoire
-mutualiser les essais avec des confrères ou leurs fournisseurs d’emballage en partageant l’information au travers de simples tests de vieillissement, destinés à vérifier l’absence d’interaction contenu-contenant.
Les ressources nécessaires en heures d’essai laboratoire sont conséquentes, et les moyens vont de la simple étuve, à du matériel de chromatographie voire de spectrographie. Avec des durées d’essai allant d’un mois à un an, il faut anticiper et choisir les bonnes matières à tester. La pression temporelle ayant tendance à forcer à aller vers des solutions simples, a minima.
Le temps long du métier face au temps court de la réglementation
Les métiers du parfum et des arômes remontent à l’origine de l’homme
et passer du bois à la terre cuite, à la peau ou la vessie, de la pierre au verre, du fer au cuivre, du cuivre au verre, puis du verre au fer-blanc, puis du verre à l’aluminium, puis de l’aluminium nu à l’aluminium verni… a pris des générations !
La substance aromatique peut être conservée des années, sachant que les délais de mise en conformité sont courts : pour la PPWR, c’est juillet 2026, tandis que pour la validation de nouveau matériau ou emballage on a des évolutions d’usage qui se mesurent parfois en siècles.
À l’inverse , la réglementation impose des délais fixes de mise en conformité, avec quelques aménagements et dérogations, mais on est sur des échéances à maximum 5 ans. On est dans le temps court face à des expertises mises en place sur des milliers de matières et des dizaines de matériaux d’emballages sur le temps long, au cours des siècles d’évolution des métiers de l’emballage des substances aromatiques.
Dans d’autres filières industrielles on peut retenir des exemples éclairants de nouvelles contraintes apparues lors de changement de matériau d’emballage : ainsi, le remplacement du métal par le plastique pour le marché des produits Phytosanitaires utilisés en Agriculture.
Après un basculement général du métal vers le plastique on a vu de nouveaux risques et contraintes apparaître.
incinération des emballages plastique
La filière a dû mettre en place un traitement des emballages en organisant le rinçage, la collecte et l’incinération des emballages plastique souillés. Ces coûts supplémentaires n’étaient pas anticipés, sachant que les emballages métalliques (aluminium ou fer blanc) utilisés précédemment sur des quantités de produits chimiques plus réduites sont plus faciles à compacter et se recyclent mieux.
Les questions de perméation au travers des parois plastiques et les risques de diffusion des microparticules dans l’environnement étaient alors des phénomènes peu étudiés et ces défauts sont apparus progressivement.
Ces nouvelles contraintes liées à l’usage sont apparues alors que ces nouvelles solutions d’emballage étaient présentées comme idéales techniquement et économiquement et portées par le gouvernement et le ministère et les filières professionnelles.
Ce risque existe actuellement au moment où de nouveaux emballages et matériaux doivent être testés pour que l’industrie se mette en conformité avec par exemple l’absence de Bisphénol A dans les emballages pour les arômes.
Le législateur doit connaître finement les enjeux lorsqu’il élabore les lois et chercher à responsabiliser les filières afin de protéger les consommateurs et l’environnement avec une vision non pas à 5 ans mais à 20 ans. Les filières doivent faire prendre conscience de ces enjeux et doivent souvent apprendre à travailler à l’échelon européen et non pas seulement au niveau local et national.
Ainsi, on vient de voir que la filière professionnelle des arômes et parfums a su défendre efficacement les intérêts de la filière des huiles essentielles à Bruxelles et a pu engager un véritable dialogue avec le législateur : pour la Lavande, le résultat de cette démarche a permis une pérennisation de la filière lavande grâce à un changement de classe de dangerosité.
On voit donc l’efficacité d’une organisation collective légitime pour instaurer un débat avec le législateur. Néanmoins ce succès n’aurait pas été possible sans le leadership de grands acteurs privés du secteur, qui ont pu grâce à leur poids économique su fédérer la profession et convaincre le législateur.
3. Interactions contenu-contenant : le défi de la compatibilité chimique pour les industriels
Changer de matériau d’emballage : quelles contraintes ?
Les notions d’interaction et de compatibilité avec un nouveau matériau d’emballage apparaissent lorsqu’il y a un problème ponctuel de compatibilité pour une nouvelle matière à conditionner, et ou pour se conformer à une nouvelle réglementation.
En interdisant au contact alimentaire certains composants chimiques des matériaux (PFAS, Bisphénol A…), et sous réserve que ce changement de matériau soit validé pour conditionner les produits concernés par la réglementation, il faut trouver l’industriel capable de fournir le nouveau matériau (ou la nouvelle finition) en qualité et quantité suffisantes dans le temps imparti, et le fabriquer à un prix raisonnable.
Idéalement, le nouveau matériau, ou sa modification, doit être mis en place pour une longue durée, au regard des coûts et difficultés rencontrés à toute modification. Les industriels de l’emballage fournissent souvent plusieurs marchés différents afin d’avoir suffisamment de volume de production, et doivent répondre à des exigences techniques et réglementaires différentes selon qu’ils s’adressent à l’automobile ou à l’alimentaire ou au parfum. Le matériau de substitution doit être abordable. On peut constater par exemple, dans la plasturgie, que le recyclé est plus cher que la matière vierge. L’opportunité de sourcer du recyclé est-elle pertinente techniquement et soutenable financièrement ? Les choix sont difficiles au vu des responsabilités qui pèsent sur les industriels de l’emballage. Pour éviter ces risques, les utilisateurs d’emballages pourraient être tentés de transférer des pans entiers de leurs activités de distillation, extraction et composition des parfums et arômes vers des régions où la réglementation ne s’applique pas, ou peu. Ces régions deviennent de nouveaux « hubs » de production d’huiles essentielles et de parfums, destinés aux consommateurs de ces mêmes régions. On peut pousser la question à l’extrême : faut-il retester 3 000 produits avec le nouveau matériau d’emballage, ou envisager de produire des matières premières et du parfum autrement, et surtout ailleurs ? Ainsi, la réglementation se heurte brutalement au métier et risque finalement, non pas seulement de réguler, mais « d’exiler » les activités hors du territoire d’application de la réglementation.
Ainsi donc, il est vital d’avoir un consensus entre le législateur et les acteurs des filières sur les risques de délocalisation d’activités impactées par de nouvelles réglementations, entraînant de fait une moindre compétitivité sur les marchés export où les européens se retrouvent face à des concurrents non soumis aux mêmes contraintes.
Quels critères suivre lors d’un changement de matériau d’emballage ?
Des connaissances en chimie sont nécessaires, et la mémoire des essais réalisés n’est pas toujours disponible. De plus, les conclusions peuvent être à géométrie variable. Prenons par exemple le cas de l’eau, qui peut avoir une action plus ou moins prononcée sur un emballage en métal en fonction de sa dureté.
Les données de compatibilité répertoriées par le guide de l’association américaine de l’aluminium indiquent, à la page WATER, que « l’eau potable peut corroder plus ou moins fortement l’aluminium, mais que ce phénomène varie en fonction de la quantité de minéraux présente dans l’eau. Ce phénomène de picage (pitting) décroît avec le temps. » À la question « y a-t-il interaction ? » : au début du transport ou du conditionnement de l’eau dans les tuyaux en aluminium, on peut répondre oui, puis non, une fois qu’une légère oxydation fait décroître puis élimine le phénomène. La durée de stockage est donc primordiale, et on voit qu’il faut orienter le choix d’emballage en connaissance de cause vers par exemple un emballage aluminium avec vernis intérieur (sans BPA) pour les produits contenant une forte proportion d’eau comme les arômes.
LES TENDANCES LOURDES VENUES DE LA GRANDE CONSOMMATION SE DIFFUSENT DES VERS L’EMBALLAGE INDUSTRIEL.
L’évolution des matériaux d’emballages grande consommation montre comment les industriels ont pu mettre à disposition du grand public de nouveaux conditionnements, souvent mono-usage. Pour les bouteilles d’eau, des bouteilles de verre non standardisées soufflées par un artisan unique et lavables ont été remplacées par du PET fabriqué par dizaines de millions de pièces sur une même machine.
Les moyens mis en place pour fabriquer les emballages deviennent colossaux au cours de la révolution industrielle, et l’amélioration des conditions sanitaires et du confort font apparaître un besoin de fabriquer en masse des emballages de grande consommation.
Les progrès dans le domaine médical comme le développement des vaccins ou encore la pasteurisation entraînent le développement de nouveaux types d’emballages (flacon pharma stérilisable ou encore brique de lait pasteurisable). Les tendances lourdes des emballages grande consommation influencent grandement les orientations concernant les matériaux d’emballage professionnel…et c’est également pour protéger les consommateurs que de nouvelles réglementations sont déployées au fur et à mesure des progrès scientifiques.
Ces contraintes issues du risque vis-à-vis du grand public diffusent depuis les grands donneurs d’ordre (multinationales des secteurs cosmétique, pharmacie ou alimentaire) vers les filières industrielles en amont, selon des priorités réglementaires qui sont parfois impossibles à valider scientifiquement. Pour pallier cela, le législateur français a inventé le principe de précaution.
L’influence qu’exerce le « B to C » sur le « B to B » est à considérer avec prudence, car des risques de confusion entre les exigences de matériaux sur les produits dilués (grand public) et ceux des matériaux destinés aux matières premières et aux concentrés existe.
Il est donc crucial de bien définir le cahier des charges, avec par exemple la prise en compte de la résistance à la pression ou à la chute d’un emballage lorsque l’on souhaite qu’il soit constitué de 40% de matière recyclée.
Si l’on veut souscrire à cette exigence, il faut revoir l’usage dans la chaîne d’utilisation et considérer par exemple que l’on accepte qu’il ne soit pas transporté par avion car ne pouvant plus supporter les tests ONU régissant le transport aérien de la matière concernée.
Il faut bien différencier ces niveaux d’exigence différents et les attentes de performance parfois contradictoires lors d’un changement d’emballage industriel issu d’une évolution réglementaire.
Les aspects techniques à considérer et les risques associés au changement de matériaux d’emballage :
L’aspect technique prend l’avantage dès qu’il s’agit de produits précieux, sensibles, chers ou dangereux, pour lesquels on a trois aspects à considérer :
Le contenu : le conditionneur doit connaître finement la composition chimique du produit, son classement selon les recommandations de l’ADR régi par l’ONU, le point éclair, les consignes de conditionnement et d’utilisation (poids, quantité maximum autorisée pour le transport).
Les conditions physiques de stockage et d’utilisation : pouvoir conserver au frais à -5 °C, ou pouvoir chauffer la matière dans son emballage d’origine (aluminium pour le bain-marie, par exemple). La durée de stockage joue énormément dans le choix du matériau. On va privilégier l’aluminium pour la conservation longue, et pour stocker les produits les plus précieux.
L’objectif principal étant de conserver les caractéristiques organoleptiques et de performance de la matière odorante le plus longtemps possible.
L’interaction : dans un parfum ou une huile essentielle, les substances odorantes veulent se fixer et s’échapper. Une partie de l’essence imprègne, se répand, une autre devient odeur. Les spécialistes des huiles essentielles d’agrumes le savent : les terpènes présents dans les extraits d’agrumes peuvent attaquer les vernis ; les huiles essentielles de cannelle, de thym ou encore de géranium sont considérées comme difficiles à conditionner. Ce qui fait qu’une fois le matériau adéquat identifié, on n’en change pas !
Ainsi, plus la matière est sensible, plus il est difficile de changer de matériau et plus le risque est élevé. Un grand conservatisme existe donc chez les professionnels du secteur arômes-parfums et leurs clients sont souvent réfractaires au changement.
Ce qui augmente d’autant plus le niveau d’exigence lorsqu’il faut malgré tout changer ! Le fournisseur d’emballage se met en risque (ainsi que l’utilisateur) et n’a pas droit à plusieurs essais : si le choix de matériau entraine une fuite ou un risque, on risque de perdre son client !
4. Interactions contenu-contenant : que chercher et comment mesurer ?
Identifier l’origine des substances indésirables.
Deux cas se présentent : soit on sait quoi chercher lors du test (exemple du bisphénol A), soit
On ne sait pas quoi chercher…
On sait quoi chercher :
En étudiant un phénomène d’interaction, on va observer et chercher des traces de la ou les substance(s) indésirable(s) dans le produit, et chercher à démontrer si elles viennent ou non de l’emballage.
Ainsi, si l’on doit s’engager sur l’absence de PFAS (Teflon) ou de Bisphénol A, on se trouve devant de nouvelles réglementations et il est indispensable d’identifier clairement ce que l’entreprise doit mettre en place pour démontrer sa conformité.
Dans ce cas précis, l’industrie attend du législateur qu’il précise les conditions d’essai et la précision des mesures à réaliser, une fois que cela est défini, il faut analyser la volumétrie des essais et anticiper un budget.
Sachant que les appareils de détection permettant de réaliser des mesures fines ne sont pas forcément disponibles dans l’entreprise, il faut envisager de sous-traiter à des laboratoires et donc encore une fois anticiper énormément son besoin.
On ne sait pas quoi chercher (ou on cherche de nombreuses substances différentes), parce que la substance provient du produit contenu ou du contenant.
Si on prend l’exemple de garantir l’absence d’allergènes dans les huiles essentielles, les parfums, les produits cosmétiques ou encore les produits alimentaires, il faut bien cerner
l’exigence réglementaire.
Ainsi, les substances allergisantes peuvent être présentes naturellement dans les plantes
(exemple l’ortie) et tout au long du procédé du sol dans la plante, des pétales dans l’huile essentielle, de l’huile essentielle au parfum, et du parfum sur la peau ou de l’arôme dans le corps, démontrer l’absence d’allergènes dans les matières premières destinées aux arômes et parfums est un gros défi.
En effet, des composés naturels ou synthétiques peuvent être allergisants ou non selon le type de population exposée, et même la région d’exposition.
Les liquides contenus entraînent des traces de l’emballage avec eux, en quantités infimes, difficilement mesurables, et cela même si le matériau d’emballage est compatible et si l’extraction et la rectification ont permis de purifier la matière suffisamment. Les matériaux utilisés, qu’il s’agisse du fût en chêne, de l’inox ou du verre, ont fait leurs preuves dans leurs secteurs respectifs (vin, cuisine), la porcelaine également.
On a donc des interactions pouvant provenir du matériau d’emballage, et ou de la matière conditionnée. Dans une étude d’absence d’interaction on doit donc déterminer clairement les noms des substances chimiques recherchées.
Mais lorsque l’on doit changer de matériaux d’emballage, il faut déterminer si le changement ne va pas ouvrir de nouveaux risques et si d’autres substances migrent dans la matière contenue ? Il s’agit donc de savoir et pouvoir mesurer finement ce que l’on cherche.
Mesurer finement : l’exemple du Bisphénol A
Prenons l’exemple du Bisphénol A : comment mesurer les traces présentes dans les compositions aromatiques ? Le législateur européen fixe à 1 mg/cc la limite maximum de traces de Bisphénol A dans les produits alimentaires. Mais les moyens de mesure sont peu présents sur la plupart des sites industriels ; seuls les labos de pointe peuvent travailler à de si faibles limites de détection. Mesurer d’infimes migrations depuis un emballage, se trouvant lui-même dans un environnement où ces substances peuvent être déjà largement présentes, nécessite un matériel de laboratoire de pointe, comme un spectromètre de masse permettant des mesures fines, alors que dans la majorité des cas, les laboratoires sont équipés d’appareils classiques de chromatographie.
Ce type d’équipements n’étant que très rarement disponibles chez les industriels de l’emballage, qui en général font des tests physiques de résistance ou d’étanchéité, Il s’agit donc pour eux d’avoir recours à des laboratoires spécialisés pour les tests de compatibilité.
Responsabilité et interaction : qui est responsable en cas de problème ?
Si des traces de substances interdites se retrouvent dans l’emballage et migrent à la suite d’une interaction, qui est responsable ? Le législateur n’hésite pas à faire retirer du marché les packagings suspects si des doutes apparaissent. Selon des études récentes de la jurisprudence en CEE,
« l’enchevêtrement des règlementations, prévoit les responsabilités entre le fabricant d’emballage et le conditionneur du produit de sorte (i) que chaque maillon de la chaîne est responsable de la compatibilité des produits qu’il fabrique avec la règlementation applicable à son stade de fabrication,(ii) qu’il doit communiquer cette information de compatibilité à son client, et (iii) coopérer avec lui en fournissant au client les informations nécessaires pour lui permettre vérifier, notamment la compatibilité contenant-contenu au regard des contraintes réglementaires applicables aux produits finis que le client met sur le marché. » (Source étude BBLM Avocats 2016).
Dans ce cas, légalement, les parties prenantes doivent prouver qu’elles ont coopéré et échangé des informations pertinentes.. La responsabilité est engagée si l’on utilise sciemment des emballages à risque.
Par ailleurs, les fédérations professionnelles avec les principaux fabricants de matériaux d’emballage ont édité des documents listant le niveau de compatibilité entre, les matériaux et les substances de référence, regroupées par grandes familles (SOLVANTS, RÉACTIFS…) et leurs matériaux d’emballage : PEHD, EVOH, SOARNOL, PP, ALU, INOX 316, etc. Des études spécifiques par grandes familles chimiques sont également disponibles dans la littérature.
La responsabilité se situe donc au niveau de la qualité des échanges d’information entre les parties prenantes, tout au long de la chaîne, sachant qu’il est condamnable de dissimuler des informations.
CONCLUSION
Seules les organisations professionnelles et les gouvernements, alertés par les leaders du métier, peuvent avancer en mobilisant des ressources. La précipitation dans l’application des nouvelles règles alliée à une recherche de baisse des coûts de production continue des emballages peuvent faire émerger de nouveaux risques sanitaires, si des ressources suffisantes ne sont pas consacrées à étudier les phénomènes d’interaction.
De solides connaissances techniques en chimie et physique, mais aussi en biologie et agronomie, sont indispensables pour apporter au législateur et au politique une information pertinente qui permette de protéger les citoyens et l’environnement.
Dans le même temps, les enjeux économiques doivent être pris en compte, au niveau mondial et non pas seulement français ou européen. Le manque de solutions techniques face aux défis écologiques et sanitaires met les deux industries, celle de l’emballage et celle des matières aromatiques, devant des choix difficiles.
Aussi, on peut déjà pressentir les conséquences :
Les très nombreuses matières naturelles ou synthétiques du monde des parfums et arômes survivront-elles à ces évolutions ? Dans un domaine où les recettes et formules nécessitent une lente maturation, on voit que les choix de changement de matériau d’emballage sont complexes, et leurs conséquences irréversibles tandis que les mêmes acteurs du métier doivent gérer des changements et une réduction de leur palette d’ingrédients disponibles pour la création.
Les filières de production vont devoir faire des choix difficiles, entre mettre en risque la performance du matériau d’emballage pour respecter la réglementation et la préservation du précieux contenu.
Un vrai défi pour les acteurs produisant des commodités ou des compositions à prix bas, n’ayant pas assez de ressources pour financer une mise en conformité réglementaire de plus en plus coûteuse en Europe.
Mais on peut faire confiance aux professionnels du secteur de l’emballage et de celui des parfums et arômes, passionnés par leur métier, pour trouver des solutions sous réserve qu’ils disposent des ressources suffisantes pour faire face au défi.
Cela sera certainement plus facile pour les secteurs à plus forte valeur ajoutée (parfumerie fine), mais contraint les filières à moindre valeur ajoutée à trouver des solutions créatives.
Bertrand d’ARRENTIÈRES,
et les équipes Tournaire.