La question de la conservation des substances aromatiques se pose dès la généralisation de son usage, au cœur des pratiques religieuses, 5000 ans avant JC.

À l’origine, la parfumerie était exclusivement basée sur l’utilisation de produits naturels végétaux et animaux. Vers la fin du XIXème siècle, avec le développement de la chimie organique, est né l’industrie de la parfumerie et des arômes de synthèse. L’augmentation au fil des âges des combinaisons, les infinies possibilités de mélanges ont fait apparaître très tôt l’importance de sélectionner avec soin son emballage.

Ainsi, le type de matériau est soigneusement choisi, il devient une pièce maîtresse de la conservation, du transport et de la diffusion des parfums. Le rôle du flacon se construit autour des notions d’ergonomie, d’esthétique et de la maîtrise des interactions avec la précieuse matière.

La recherche continuelle de la préservation des caractéristiques organoleptiques des matières premières et des compositions implique donc une sélection exigeante des emballages.

Nous verrons tout d’abord l’histoire et les fonctions fondamentales de l’emballage des substances aromatiques, avant d’aborder dans un second temps la lente évolution des matériaux utilisés pour fabriquer ces emballages, au cœur de l’évolution des métiers de la parfumerie.

I. HISTOIRE DES PREMIERES SOLUTIONS D’EMBALLAGE ET LEURS FONCTIONS FONDAMENTALES

1. LES PREMIÈRES SOLUTIONS D'EMBALLAGES

De quels matériaux d’emballage dispose-t-on lorsque les premiers usages du parfum apparaissent ? Cuivre, bronze, fer, pierre, céramique, terre cuite, verre, bois, peaux d’animal, vessie, os… Ces matériaux sont ceux utilisés pour la fabrication d’objets courants.

À l’origine, on brûle les matières aromatiques pour diffuser de la fumée lors des rituels d’embaumement, usage qui se confond avec celui des pigments colorés lors de l’apparition de la peinture à la préhistoire. On brûle donc ce qui « per fume » (par la fumée, du latin « per fuma ») l’atmosphère et permet de faire une offrande aux dieux, les prières montent avec la fumée.

Des copeaux, de la poudre : brûler le parfum est né de l’usage du feu. Tout comme il fallait savoir faire naître les braises et les conserver, les précieux copaux, poudres, puis baumes et huiles devaient être précieusement conservées et préservées.

Le flacon, le pot, la boîte, les outres en peau sont autant de solutions d’emballage issues des objets du quotidien en fonction des viscosités et des quantités à conditionner. Leur usage suit l’évolution du mode de vie des humains : nomades, puis sédentaires. Leur diffusion est liée aux voyages, plus tard aux fameuses routes de la soie, le parfum est transporté à côté de l’or, du sel, il est central dans l’histoire des échanges humains et des religions. Les cas d’usage influencent le choix des matériaux utilisés et la forme d’emballage la mieux adaptée.

De l’observation empirique naissent également rapidement des certitudes : la myrrhe et l’encens, les onguents et crèmes ne doivent pas s’éventer, couler, traverser les parois du contenant. Il faut pouvoir accéder à l’intégralité du contenu, et en cas de maladresse résister aux chocs. Une segmentation entre emballage de transport et emballage pour usage statique apparaît. Au Moyen-Age, les Croisés rapportent l’usage de parfumer les gants et les vêtements en Europe. On peut imaginer les situations dans lesquelles se retrouvèrent les parfums en voyageant dans un coffre sur une mule, accrochés au baudrier d’un chevalier du Temple ou encore entre les mains d’un médecin de la faculté de Montpellier, exposés aux variations de températures, aux chocs, aux attaques.

Le parfum et son emballage est présent dans la tombe avec les objets préférés du défunt, guerrier mérovingien ou Pharaon. L’emballage doit être beau, digne du chef, reflétant parfois la personnalité de celui qui l’a utilisé dans la vie terrestre.

Aujourd’hui, une grande partie de ces préoccupations restent inchangées ! Les différentes natures des produits, leur viscosité, le transport ou encore les variations de températures tout au long de la chaine d’approvisionnement, sont au coeur des questions liées au choix d’emballage.

Le réemploi de l’emballage une fois vide est possible mais il faut pouvoir laver celui-ci, ou pouvoir le remplir à nouveau avec la même matière ou parfum. Si le flacon a voyagé loin, la nouvelle livraison se fera dans un emballage neuf.

Pour le conditionnement d’une matière première « pure », là aussi, il y a des variations selon la qualité des plantes à parfum et les aléas des récoltes, il faudra remplir des bouteilles neuves à chaque campagne.

Enfin, très tôt, le besoin de s’assurer de l’intégrité du produit apparaît, il est essentiel que le « client » soit vraiment le premier à ouvrir son précieux flacon. On va rapidement poser des liens de sécurité, des plombs, utiliser du papier à la marque du fabricant et autres cachets de cire afin de garantir le produit et son origine. La fonction d’inviolabilité est donc très ancienne !

2. LES FONCTIONS FONDAMENTALES POUR L'EMBALLAGE DU PARFUM

On peut lister 4 fonctions essentielles des emballages pour les matières premières du parfum.

2.1. La préservation

Il convient tout d’abord de protéger le parfum des agressions externes, sans le polluer avec le matériau d’emballage. L’utilisateur et son environnement doivent également être préservés, sauf s’il est prévu de diffuser le parfum au travers de l’emballage. Ainsi, présenter un parfum avec un emballage déjà souillé à l’extérieur n’est pas envisageable.

2.2. L’application

L’emballage du parfum doit être pratique à chaque étape ; qu’il s’agisse du transport du lieu de fabrication jusqu’au lieu d’utilisation ou de la présentation au client. Pour la désinfection par fumigation, d’une cérémonie religieuse (baptême, mariages, embaumement, funérailles par exemple), d’une cérémonie de purification ou un usage plus courant. Bref on trouvera autant de cas d’emploi que d’exigences de performances.

L’usage du parfum est souvent un marqueur social, signe d’appartenance à une catégorie spécifique. Son usage peut-être la marque d’un Prince, d’un Noble ou d’un Bourgeois et des praticiens de la médecine.

Aussi on comprend vite qu’en avoir plein les mains, en renverser ou trouver le contenu pollué ou éventé, peut se révéler catastrophique pour les utilisateurs. Lié au sacré, mais aussi au prestige, on se doit d’utiliser le bon flacon. La notion de rituel perdure aujourd’hui, souvent dans une approche profane.

2.3. L’esthétique

Au plus près du consommateur, et surtout si le parfum est un marqueur social, l’esthétique et l’apparence de l’emballage devient partie intégrante du produit. L’aspect et le style du flacon va s’ancrer dans l’imagerie populaire et les récits de voyages dans les pays lointains, où l’on trouve les précieuses essences et parfums.

Ceux-ci seront présentés dans des contenants raffinés et beaux, qui assureront la fonction d’usage et de conservation.

2.4. La Sécurité

On peut approcher cet aspect à deux niveaux.

Le premier est la limitation des interactions contenu-contenant. Si le client constate que le parfum a perdu une partie de sa fonction odorante, la confiance entre le client et le parfumeur est rompue. Une telle altération pourra être interprétée de différentes manières : le client pourra penser que le parfumeur a volontairement dilué la formule pour accroître sa marge, ou qu’il a opté pour un emballage de moindre qualité afin de réduire ses coûts, pensant que la différence passerait inaperçue.

Le second aspect, primordial, est de garantir l’intégrité du produit. Ainsi, les coffrets, refermables à clé, empêchent la casse des emballages en verre, en terre cuite ou porcelaine. Mais surtout, au-delà de la préservation des emballages contre les chocs, ils garantissent l’intégrité du parfum, l’accès au produit étant restreint. L’inviolabilité du contenant est donc également un élément essentiel de la sécurité.

II. UNE LENTE ÉVOLUTION DES MATÉRIAUX D’EMBALLAGE DES SUBSTANCES AROMATIQUES

1. UN SAVOIR FAIRE EMPIRIQUE TRADITIONNEL

La tradition est omniprésente dans les savoirs faire de la parfumerie.

Les premiers parfumeurs, les apothicaires et les alchimistes savaient précisément quel matériau d’emballage utiliser pour les plantes, huiles essentielles et diverses poudres. Qu’il s’agisse de préparer des parfums, ou de masquer un poison par une bonne odeur, chaque pot, chaque fiole a son usage et une étiquette ! Ainsi, chaque type de flacon correspond à une typologie de produits, impliquant une éducation du client qui associe une matière ou un parfum à un type d’emballage. Les changements dans la composition des parfums sont très progressifs, il en est de même pour les flacons.

On trouve certainement des traces de matériaux d’emballage dans les parfums de l’Antiquité et des résidus issus de la transformation de la matière naturelle en parfum : du sable, du calcaire, du bois, faisant partie intégrante de la performance olfactive pourvu qu’ils soient imperceptibles ou maitrisés. Le risque d’avoir un produit pollué est rédhibitoire, surtout si par exemple le parfum fait partie d’un onguent ou d’une huile essentielle entrant dans le cadre d’un soin.

Aussi du fait de la prise en compte du risque, les professionnels font peu évoluer leurs emballages. Avec des siècles d’expérience, le savoir se transmet sur les risques d’interaction entre les différents matériaux et les matières premières, les parfums et les arômes. L’impact sur l’odeur ou le goût est connu et vérifié en cas de nouvelle substance ou formule. Choisir le bon emballage est critique dans le métier. On met très longtemps à apprendre ce savoir.

Tout comme le vin bu dans une timbale en argent n’a pas le même goût que dans un verre en plastique, on attend avant tout du matériau contenant un parfum ou un arôme une neutralité parfaite. Pour les créateurs de fragrances et d’arômes, si le goût ou l’odeur sont altérés par le matériau, la composition avec des matières pures ne peut être réalisée sereinement. Le parfumeur ne peut créer s’il voit que sa composition préférée n’est plus le même. Tout comme une palette de peintre salie ou inhabituelle perturbe la préparation des couleurs chez certains artistes.

2. MÉTAL ET VERRE : UNE LENTE ÉVOLUTION

Les matériaux sont importants et une fois l’usage bien ancré, le conservatisme est de mise. Seule une pénurie de matériau, de nouvelles conditions d’usage, ou plus proche de nous, une nouvelle réglementation entraînera des changements d’emballage.

Avec la naissance de la parfumerie en Orient puis sa diffusion en Europe, le métier des parfumeurs évolue, associant approche traditionnelle et modernité. Ainsi les emballages se spécialisent, avec une distinction fondamentale entre les emballages « de process » et les emballages finaux. Les solutions d’emballage de l’Antiquité allaient de l’os au verre en passant par les métaux, le bois ou la céramique. Les emballages, souvent régionaux, correspondent aux us et coutumes de chaque contrée. Ils évoluent au cours d’une lente standardisation, avec le passage imposé au système métrique (France en 1790).

La fabrication des parfums reste artisanale tout au long du XIXème siècle. Les dimensions de bouteilles varient d’un ouvrier à l’autre, car on fabrique à la main en petite série, et chaque ouvrier réalise les opérations du début à la fin.

Au XVIIIe et XIXe siècles, le verre était fabriqué à la pièce et chaque artisan avait son style. Ce matériau était l’emballage principal utilisé par les maisons de matières premières de Grasse pour transporter leurs huiles essentielles. Mais si le verre casse, on perd beaucoup d’argent, et on risque de polluer le reste de la marchandise, sans compter le risque de feu !

Le développement des routes commerciales implique des changements dans les quantités transportées : ainsi à la fin du XVIIIe siècle les emballages vont être transportés depuis Grasse et Marseille par bateau vers Paris. L’amélioration des routes au début du XIXe siècle puis l’apparition du train permet de relier Paris en quelques jours à partir de 1850. Les quantités transportées diminuent et la fréquence augmente. Il faut donc une gamme très large de capacités, de l’échantillon de 15 gr au 25 Kg et plus. Plusieurs matériaux d’emballage sont présents dans les commandes des grandes maisons parisiennes de parfum, qui sourcent à la fois des compositions parfumées et des matières premières à Grasse.

Le choix de l’emballage va dépendre très souvent aussi du client comme les quantités d’emballage utilisés. La transformation du métier de gantier-parfumeur artisanal en industriel du parfum à Grasse, voit émerger une profession avec ses outils spécifiques. On cherche les meilleures solutions pour ne pas polluer, ni le produit, ni l’environnement extérieur, ce qui permet au métal de prendre toute sa place, avec tout d’abord le cuivre.

Issu du savoir-faire des chaudronniers, il se généralise comme une solution prisée pour la conservation et le transport. « L’estagnon » en cuivre étamé est fabriqué dans le même matériau que les alambics, et une très grande variété de pochons et d’accessoires apparait, servant à la création, à la manipulation, aux mélanges et multiples transvasements des compositions et essences, à leur transport et échantillonnage. L’emballage en cuivre nous fait remonter aux premiers âges de la métallurgie, avec l’apparition de traitements comme l’étamage, application d’une couche fine d’étain pour préserver le cuivre de l’oxydation.

Au début du vingtième siècle, les technologies de la métallurgie favorisent l’émergence d’un nouveau matériau : l’aluminium. Issu de la bauxite, extrêmement abondante dans la croûte terrestre, les bénéfices de ce nouveau matériau sont décisifs. L’aluminium est résistant et léger, c’est une avancée majeure comparé au verre et il est moins cher à fabriquer que le cuivre étamé. Son excellente neutralité chimique et sa barrière naturelle aux UV en font un matériau de choix pour les produits sensibles comme les huiles essentielles, compositions et parfums. Aujourd’hui sa recyclabilité et sa modularité séduisent une industrie largement tournée vers la planète et la préservation de ses écosystèmes. Sans parler de l’avantage économique : l’aluminium est moins cher que le cuivre et permet l’industrialisation de la fabrication en série.

3,3x

plus léger que le cuivre

75%

de l’aluminium produit depuis 1880 est encore en circulation

5%

de l’énergie de la production primaire est nécessaire pour le recyclage

Après la première guerre mondiale, Tournaire invente le bidon aluminium monobloc, et l’estagnon Grassois passe du cuivre à l’aluminium pour la conservation, le transport et l’échantillonnage international à grande échelle. Les routes commerciales s’étendent et il faut pouvoir faire voyager les matières depuis le bout du monde en toute sécurité. Les « voyageurs » Grassois le savent et vont standardiser l’usage des estagnons en aluminium au cours de leurs voyages et sur les lieux de leurs différents approvisionnements. Ainsi dans la partie amont du métier, le verre va céder la place à l’aluminium pour le transport et la conservation industrielle des compositions et matières premières. Avec une innovation technologique majeure, l’estagnon en aluminium monobloc, sans soudure, s’impose, dans une industrie florissante. Le verre reste quant à lui prédominant pour la présentation des produits finis : eau de toilette, parfums, eau de parfum… Avec ses qualités esthétiques, et ses atouts techniques, il reste très présent dans le monde de l’échantillonnage.

Aujourd’hui, les types de goulot verre d’apothicaire sont la référence pour les orgues des parfumeurs. Pour le consommateur final du parfum, le flacon joue un rôle primordial et habille la fragrance. On va choisir un flacon décoré, ouvragé, suivant les tendances de la mode.

Flacons à essence de rose dits lavandes d'oxford fin 18e à 1850- DSC03051.webp

Avec l’arrivée du plastique dans la deuxième moitié du XXème siècle, des solutions d’emballage bon marché apparaissent pour les produits en vrac et les arômes à usage industriel. Le Jerrycan issu de la plasturgie permet d’avoir des emballages de stockage peu chers pour les produits les moins précieux, en vue d’un usage rapide en quantités très importantes.

Aujourd’hui, l’industrie du parfum dispose d’un très large choix de matériaux d’emballage (fûts acier, inox, aluminium…) mais les normes de plus en plus nombreuses sont en train de bouleverser le métier. Les nouvelles réglementations sont un défi à toutes les étapes de la chaîne d’utilisation qu’il s’agisse des molécules odorantes ou des matériaux utilisés, et dépassent le métier du parfumeur et du fabricant d’emballage.

Il faut concilier les exigences réglementaires, techniques, et les engagements RSE que prennent les entreprises mais aussi les clients finaux, le tout en restant compétitif. Ces mouvements de fond, au bénéfice de la préservation des ressources, impliquent de concevoir des emballages facilement recyclables et réutilisables.

La profession, forte de son héritage et de son lien particulier avec les matières premières naturelles, a déjà pris conscience de ces enjeux et de leur coût. De nouvelles solutions sont désormais disponibles, c’est ce que nous verrons dans un prochain article.

Bertrand D'ARRENTIÈRES, et les équipes Tournaire.

Crédit photo : Fragonard
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